Identité et formation culturelles des enseignants

La question de l’identité et la formation culturelles des enseignantes et des enseignants est au centre d’une journée d’études scientifiques mercredi 30 mai 2018 sur le site de Bienne de la HEP-BEJUNE.

Venus d’horizons divers, des chercheurs en sciences de l’éducation, des didacticiens de la littérature et de la musique, des formateurs et des pédagogues partageront le fruit de leurs réflexions et/ou de leurs recherches sur la question vive de la culture dans la formation des enseignantes et des enseignants.

Cette journée est organisée en collaboration avec l'Association Internationale pour la Recherche en Didactique du Français (AIRDF), le Centre de compétences romand de didactique disciplinaire (2Cr2D) et la Société suisse pour la recherche en éducation (SSRE).

Au programme :

Dimensions culturelles et musicales, quels impacts sur le devenir des futurs enseignantes et enseignants ?

Par Pascal Terrien, maître de conférence HDR à Aix Marseille Université

Il existe aujourd’hui en France plusieurs types de formations initiales des professeures et professeurs de musique qui forgent des identités professionnelles différentes (Joliat, Güsewell, Terrien, 2017). Depuis plusieurs années, les mémoires de fin d’études des étudiantes et étudiants engagés dans ces formations sont suivis. Si la dimension culturelle que revendique le corps estudiantin semble jouer un rôle dans le choix qu’ils font des cursus de formation initiale, on peut se demander dans quelle mesure celle-ci, associée à leur culture musicale, impacte leur formation et les représentations qu’ils se font de leur futur métier de professeur de musique. Quelques éléments de réponses sont proposés à partir d’une enquête menée auprès de cette population d’étudiantes et étudiants professeurs de musique.

Pascal Terrien est maître de conférences (habilité à diriger des recherches, HDR) à Aix Marseille Université – ESPE d’Aix-en-Provence – et professeur au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris (C.N.S.M.D.P.). Il est chercheur permanent de l’équipe d’accueil Apprentissage Didactique Evaluation Formation EA 4671-ADEF et directeur-adjoint de la Structure Fédérative d’Études et de Recherches en Éducation de Provence, France.

Les compétences interculturelles dans la formation des enseignantes et enseignants de littérature

Jean-Louis Dumortier, professeur émérite de l’Université de Liège

L’École qui s’impose dans une conjoncture culturelle caractérisée par l’exaspération conjointe – si paradoxal que cela paraisse à première vue – de l’individualisme et du communautarisme, c’est une révision des contenus et des méthodes orientée par l’objectif de pourvoir les élèves de compétences interculturelles. Ces compétences impliquent, au premier chef, la reconnaissance de la diversité des cultures, l’élucidation et la critique de l’habitus personnel ainsi que la recherche de consensus dans le respect des lois (c’est le minimum) et (c’est le maximum) en adhérant à l’idéal humain que l’École promeut bien que les médias mettent en vedette, tantôt pour les fustiger, tantôt pour les encenser, quantité d’individus qui, cyniquement ou non, lui tournent le dos.

L’enseignement des langues-cultures donne maintes occasions de contribuer au développement des compétences interculturelles et c’est particulièrement le cas de la formation littéraire. Les pratiques des maitres dans ce secteur disciplinaire sont en grande partie traditionnelles, elles sont un héritage dont la dimension culturelle peut être mise en lumière dans le cadre de la formation professionnelle de base et de la formation continuée. C’est dans ces deux cadres également que peuvent être avancées et exemplifiées des propositions plus ou moins originales ayant trait au développement de compétences interculturelles.

Jean-Louis Dumortier a d'abord enseigné aux deux degrés du secondaire et dans une école normale avant d’être chargé de mission à la formation continuée des maitres du secondaire, puis de devenir professeur de didactique du français à l'Université de Liège. Aujourd'hui retraité, il s'investit dans la formation continuée des instituteurs et institutrices. Auteur ou co-auteur d'une dizaine de livres et de quelque deux cents articles, il s'est intéressé aux différentes composantes de la discipline « français » à tous les niveaux de la scolarité obligatoire.

Quelques propositions pour penser la formation culturelle des enseignantes et enseignants

Yves Reuter, professeur émérite à l’Université de Lille

Pour traiter cette question, la conférence s’appuie sur des principes et des pratiques mis à l’œuvre avec des élèves de milieux défavorisés, notamment avec des maitres pratiquant des pédagogies alternatives. La réflexion s’articule autour de cinq prismes : théorique, stratégique, biographique, disciplinaire et pédagogique.

Yves Reuter est professeur émérite à l’Université de Lille, après avoir enseigné au collège, au lycée, en Ecole Normale et à l’Université de Clermont-Ferrand 2. Il est le fondateur de l’équipe de recherche en didactiques Théodile. Il a dirigé diverses recherches : sur la pédagogie Freinet, sur les expérimentations, sur le vécu des disciplines et le décrochage scolaire, sur l’erreur, sur l’enseignement et l’apprentissage de l’écrit, sur les concepts des didactiques, entre autres. Il a également publié de nombreux livres et articles.

Élèves et enseignants du secondaire face aux œuvres littéraires et picturales : entre malentendus et connivence

Par Marie-Sylvie Claude, maître de conférences à l’Université de Grenoble

La peinture n’est pas en soi plus facile d’accès que la littérature ni plus présente dans les pratiques culturelles des élèves. Pourtant, la comparaison de textes de réception écrits par des élèves sur une œuvre picturale et sur une œuvre littéraire montre plus de proximité aux attendus scolaires sur l’œuvre picturale. La comparaison de ce que disent en entretien enseignantes ou enseignants et élèves des deux arts confirme davantage de connivence à propos de la peinture et davantage de malentendus à propos de la littérature. On peut donc penser que scolariser les deux arts en parallèle est susceptible de bénéficier aux apprentissages : mais ceci suppose de la part de l’enseignant ou de l’enseignante un accompagnement bien adapté, dont la conférence propose quelques éléments de description.

Marie-Sylvie Claude est formatrice d’enseignantes et enseignants depuis une quinzaine d’années. Dans ses recherches, elle tente de croiser didactique du littéraire et sociologie des apprentissages pour interroger la pratique d’un détour par le commentaire de la peinture pour apprendre le commentaire de la littérature. Elle a publié plusieurs articles consacrés à ce sujet.

Promouvoir la culture littéraire francophone dans l'édition romande

Par Patrick Amstutz, directeur éditorial

L’intervention présente plus particulièrement la collection « Le cippe » et les outils que celle-ci met en œuvre pour favoriser l’accès du plus grand nombre au patrimoine littéraire francophone. Destinée aussi bien à un large public qu'à des connaisseurs, utile aussi bien du côté de l’enseignement que de celui de l’apprentissage, cette collection permet une confrontation de regards divers, en incluant dans l’histoire littéraire les questions d’identité culturelle et les ouvertures didactiques y relatives.

Patrick Amstutz est Président de la Commission de littérature de langue française du canton de Berne (2002-2007) et de la Commission francophone des affaires culturelles générales (2007-2009) et il promeut ardemment la langue française et la littérature romande.
Dès 2005, il s’est beaucoup investi dans la mise sur pied d’une commission intercantonale de littérature (CiLi) unique et dans l’élaboration d’un prix de littérature également commun aux deux cantons du Jura et de Berne, baptisé Prix Renfer. Fondateur de deux associations éditoriales qu’il dirige l’ACEL et l’ÆPOL, Patrick Amstutz est aussi un spécialiste de poésie, notamment romande qu’il met à l’honneur dans de belles publications. La dernière : Werner Renfer, Feuilles de l’aube. Œuvres complètes, vol.1 (1918-1925), éd.et préf. par Patrick Amstutz, Gollion : Infolio, 2017 (coll. Maison Neuve).

Premiers résultats d’un projet de recherche en cours

Par François Joliat, Ph.D., professeur, et Marlène Lebrun, Ph.D., professeure, habilitée à diriger des recherches (HDR) à la HEP-BEJUNE

La contribution présentera les tenants et aboutissants d’un projet de recherche en cours. Trois volets sont traités : les représentations des futurs enseignantes et enseignants sur leur identité culturelle, l’incorporation des territoires culturels qui façonnent leur identité et les perspectives didactiques sur le terrain de l’enseignement-apprentissage.

L’expérimentation de cercles de paideia sera présentée pour analyser l’importance du partage dans la perspective de la formation d’un sujet de culture qui s’approprie activement une bibliothèque culturelle, musicale et littéraire en devenir.

Synthèse conclusive de la journée

Par Philippe Meirieu, pédagogue et chercheur en sciences de l’éducation, Université Lumière Lyon II

Philippe Meirieu est l’une des grandes voix du débat public sur l’éducation en France. Professeur émérite en sciences de l’éducation à l’Université Lumière-Lyon 2 et chercheur en pédagogie, il dirige la collection « Pédagogies » chez ESF éditeur. Son dernier livre, paru en 2016, s’intitule
« Éduquer après les attentats ». Plus d’informations : https://www.meirieu.com

Programme complet de la journée et inscriptions ici.